Immersion dans les coulisses des noces du Figaro

Dans le cadre du module Courants artistiques dirigé par M. Parisot, des étudiants de deuxième année du Parcours culturel ont pu assister aux répétitions des Noces de Figaro. C’est donc sans costume, et dans une mise en scène inhabituelle qu’ils ont pu (re)découvrir ce classique au théâtre Ledoux. Par la suite, une rencontre avec Galin Stoev et Alexis Kossenko, respectivement metteur en scène et chef d’orchestre, a été organisée.

Ce fut alors l’occasion d’en apprendre davantage sur cet univers si intrigant qu’est l’opéra, mais également de réaliser une interview. Après l’enregistrement le 15 octobre dernier, elle fut retranscrite. C’est l’un des aspects du partenariat entre le département Info-Com et le Théâtre des 2 Scènes qui trouve ici son aboutissement.

Interview de Galin Stoev et Alexis Kossenko

Combien de temps les répétitions des Noces de Figaro vous prennent-elles ?

Galin : Cinq semaines en tout, et sept heures par jour. C’est toujours trop court, on a besoin de plus de temps. Surtout que c’est mon premier opéra. C’est différent de travailler avec les chanteurs plutôt qu’avec les acteurs. C’est le temps moyen de préparation pour un spectacle.

Alexis : Le clavecin remplace tout l’orchestre de vingt instruments durant les répétitions. Néanmoins, l’usage voudrait que l’on ait trente-cinq instruments. C’était une volonté aussi, pour avoir un spectacle plus pratique, plus léger. Cela permet de se déplacer sur de nombreuses scènes.

Galin : La vraie question est: comment s’adapter avec un cadre financier serré ? Car il faut essayer de voir cela comme la possibilité de réinventer l’opéra, d’appuyer sur des points créatifs. On n’aime pas se sentir conditionné par ce manque d’argent, on réinvente des mécanismes dans un cadre créatif.

Alexis : Transformons ces inconvénients en avantage! Le processus peut sembler bizarre de l’extérieur. D’habitude le metteur en scène n’a pas beaucoup de temps, il intervient peu, il conseille et place les acteurs.

Galin : Ce n’est pas un processus de travail, mais plutôt d’efficacité. Alexis est très à l’écoute. La psychologie est vraiment imprimée dans la musique, le rythme, la couleur! C’est très proche du travail avec les comédiens. Ils jouent un rôle important dans l’élaboration du spectacle. D’habitude, il y a beaucoup moins de travail avec les acteurs, les décors et costumes sont lourds et réduisent la part de théâtre de chaque chanteur. La rencontre avec les personnalités, ce qu’elles proposent et apportent avec d’autres chanteurs aurait certainement une autre allure avec d’autres chanteurs. Il n’y a pas idées préconçues. C’est une réflexion très bien arbitrée par Alexis.

D’ailleurs comment avez-vous choisi les chanteurs ?

Alexis : Il y a eu de très nombreux chanteurs aux auditions, ils ont été sélectionnés sur un ensemble de critères. Il faut être excellent chanteur et aussi musicien, mais la personnalité -autant vocale, théâtrale et physique – compte aussi ; c’est un tout qui permet de choisir, de sélectionner les différences pour obtenir des personnages caractérisés.

Galin : On peut parler de constellations; deux chanteurs rassemblés ne forment pas un duo, mais bien une troisième entité qui peut ouvrir une autre réalité, par une combinaison inattendue. Je m’inspire de la nature créatrice de chacun. Cela donne la possibilité de m’impressionner moi-même. Au bout d’un moment, tu comprends que les chanteurs ont besoin de ce chant d’exploration ! Les éléments les plus importantes arrivent lors de banals échanges, et une réalité nouvelle se forme à chaque fois. On connaît la « destination » du spectacle, mais pas le chemin à prendre. C’est une histoire sur l’ambiguïté de ressentir, l’exploration de l’intime. C’est un sujet hors du temps, qu’il estintéressant de traiter.

Votre objectif est-il de toucher un public plus jeune en modernisant cette pièce ?

Galin : On ne peut pas toucher un public plus jeune et modernisant la scène. L’opéra reste élitiste, mais je pense que c’est normal ; pour aimer l’opéra il faut être préparé, initié. Sans avoir le code, tu ne peux pas avoir un accès direct.

Alexis : Le but est d’ouvrir l’élitisme à tous, on aimerait qu’il n’y ait plus de catégorisation sociale, c’est une question d’éducation et d’envie. Le fait de moderniser l’œuvre est une approche qui n’a pas pour but de la rendre plus accessible. Elle parle de rapports sociaux et amoureux, ce sont des sujets hors du temps. Je ne pense pas que l’humain ait vraiment changé, seulement de façon superficielle. Remplacer une robe du XVIII° par un jean ou un complet-veston, ne rend pas l’opéra plus accessible. Ce n’est pas le but. Cela peut parler à tout le monde. Le but est de reconnecter cette musique avec l’époque contemporaine : comment réinventer chaque fois la scène. Il y a des codes difficiles à percer, mais d’autres sont perceptibles par tous. Effectivement on est tous sensible à la musique mais de façon différente. Si elle est consonante ou dissonante, l’effet sera différent pour n’importe quelle personne, initiée ou non.

Que diriez-vous à des jeunes étudiants non-initiés à cet art pour qu’ils viennent découvrir l’opéra ?

Alexis : Ce n’est pas de l’opéra, c’est le théâtre de la vie ! C’est une satire sociale avec des rapports amoureux entre autre. La musique de Mozart est la moins ennuyeuse du monde. Évidemment il faudrait connaitre les codes précédemment abordés pour comprendre en quoi Mozart a choqué à son époque, en brisant ces mêmes codes. Mozart a révolutionné la musique.

Galin : Si les étudiants osent perdre 2h40 de leur vie, peut être devrait ils aller à la rencontre de quelque chose d’inattendu ! Il faut essayer de sortir de notre zone de confort, en pensant autrement notre identité, etlaisser nos idées préconçues de côté.

Alexis : Tout d’abords, il faut se dire que ce n’est pas une « musique de vieux » car Mozart ne l’a jamais été, vieux. C’est une œuvre de maturité, mais elle respire la jeunesse. Ici contrairement aux mensonges des médias, il y a des vrais musiciens, de vrais artistes ! La musique de Mozart estintemporelle, et ce n’est pas un effet de mode.

Pour terminer, dites-nous ce qui vous fait vibrer autant que l’opéra.

Galin : C’est la possibilité d’une rencontre qui casse le cadre pour ouvrir vers l’infini ; la possibilité d’expérimenter l’infini.

Alexis (rieur): Une assiette de fromage idéalement affiné et un verre de vin !

NB : trois représentations des Noces de Figaro seront données au théâtre Ledoux les 1er, 2 et 4 décembre prochain.

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